Guerre du Vietnam : la série d’Arte en 9 épisodes permet de mesurer à quel point la tragédie américaine s’est imposée à un autre peuple en le tuant massivement

Pourquoi parler de « tragédie américaine » ? La guerre du Vietnam a révélé tant de « vérités » sur ce que sont/font les Etats-Unis, par leurs dirigeants. Si le maccarthysme est supposé avoir cessé avec Maccarthy lui-même, c’est que le maccarthysme était une émanation particulière et provisoire de l’anticommunisme ontologique des dirigeants américains – lesquels sont, EN CE QUI LES CONCERNE, collectivistes/communistes, POUR LEUR GROUPE SOCIAL. La doctrine Truman – le Président qui a fait bombarder Hiroshima et Nagasaki, en exterminant, en quelques secondes, des milliers de civils- de « containment » a donc « justifié » ce que pendant des décennies, les adversaires/ennemis de cette politique ont qualifié d' »impérialisme », à savoir une projection des lois américaines partout à travers le monde – la continuité de l’Inquisition chrétienne, au motif que ses adeptes prétendaient et prétendent relever d’une « exception », d’un « droit divin ». Il fallait donc empêcher le Vietnam de devenir communiste – et cette « politique », autre mot pour désigner des stratégies et des moyens militaires, en droit international, illégaux, et humainement, illégitimes, s’est imposée pour 15 ans, avec au bout, son échec. Mais entre temps, les bombardements de l’armée de l’air américaine auront tué massivement. Voici des chiffres officiels : 1,5 million de morts vietnamiens (militaires et civils, estimation basse), soit plus de 20 fois le nombre de morts américains, soit un seul tué américain nous comptabilisons 26,31 morts vietnamiens. (Guerre d’Algérie : 24 614 soldats français morts / 350 000 morts algériens; Guerre d’Indochine: 37 000 morts côté français / 500 000 morts vietnamiens). Les armées américaines sont passées de l’assistance technique à l’engagement direct. Le soutien de l’URSS et de la Chine au Viêt Minh a été matériel, mais ils n’ont pas envoyé de soldats. La confrontation a donc opposé un nouveau David à un nouveau Goliath, mais, à la différence de la mythologie biblique, la probabilité de victoire de ce David contre ce Goliath était très faible. Comme indiquées précédemment, les pertes du Nord Vietnam ont été énormes. Beaucoup d’autres pays/peuples se seraient écroulées, se seraient soumis, avec beaucoup moins, mais les Nord Vietnamiens, après leur victoire sur le colonialisme de l’Etat français post-Libération, ont maintenu leur volonté, leur ferveur, leur foi dans la victoire. Face à une telle détermination, les dirigeants américains, comme ces émissions le démontrent parfaitement, ont cumulé tous les crimes, les fautes, les erreurs, les « vices » : mensonges à l’attention de la communauté internationale, mensonges à l’attention des citoyens américains, soumission au lobby militaro-industriel (malgré l’avertissement d’Eisenhower), soutien politique à des crimes de guerre, opposants politiques assassinés (sur le territoire américain), maintien de l’engagement militaire malgré la certitude d’une défaite finale (exprimée dès le début des années 60 par McManara, comme le révéleront plus tard les Pentagone Papers), racisme anti asiatique.

Deux des émissions de cette série sont ici reproduites. Si ces émissions méritent de prendre le temps pour les écouter, c’est précisément parce qu’elles permettent de révéler sur le pouvoir politique et militaire américain, sur les évolutions dans la population américaine, avec un rejet massif de la guerre dans celle-ci après 1965. Sur le fond du propos, on peut entendre dans cette narration l’expression d’un regret sur cette guerre… perdue, parce que perdue. Les victimes militaires américaines sont évoquées avec émotion, les victimes vietnamiennes le sont beaucoup moins – alors que les pertes vietnamiennes furent 26 fois plus élevées.

Un extrait de « Secret et Stratégie pendant la guerre du Vietnam« , de Pierre Journoud :

La guerre du Vietnam, on le sait, a été l’un des conflits les plus meurtriers de l’après Seconde Guerre mondiale pour les populations civiles, devenues l’enjeu majeur des guerres irrégulières de la seconde moitié du XXe siècle. Celles-ci constituent en effet la majorité des 3,8 millions de morts civils et militaires recensés dans les deux camps vietnamiens, chiffre repris par l’ancien secrétaire à la Défense Robert McNamara, qui admet d’ailleurs que la même proportion aux États-Unis serait de 27 millions d’Américains ! Même si elle a sans doute été sous-estimée et continue de
l’être dans les statistiques officielles vietnamiennes, l’ampleur de ces pertes n’était un secret pour personne, à l’époque : la propagande communiste, relayée par les différentes composantes du mouvement antiguerre à l’étranger et par les reporters de guerre, dénonçait sans cesse les pertes civiles et les destructions récurrentes de bâtiments civils tels que les hôpitaux et les écoles, en particulier lors des campagnes de bombardements aériens conduites successivement par les États-Unis sur le Vietnam (Nord et Sud), le Cambodge et le Laos. Sans en employer encore le mot, la propagande américaine se bornait quant à elle à reconnaître des « dommages collatéraux », minimisant les pertes civiles tout en gonflant les pertes militaires ou prétendues telles. Fondée sur une mobilisation massive des populations à l’effort de guerre, la stratégie vietnamienne de « guerre populaire », habile synthèse entre les principes stratégiques traditionnels des Vietnamiens et les apports étrangers et surtout maoïstes, estompait, de fait, la traditionnelle distinction entre civils et militaires. Mais, compte tenu de la forte asymétrie de la puissance de feu respective des adversaires, les choix militaires des Américains, en particulier les bombardements sur le Nord et le Sud Vietnam, ont entraîné des pertes civiles considérables. Architecte de l’escalade de la guerre avant de s’en faire le principal opposant interne,
McNamara a lui-même reconnu que les bombardements provoquaient 1 000 victimes civiles en moyenne par semaine ! Plusieurs études ont montré que, non seulement les civils avaient été délibérément visés, mais que ces bombardements s’étaient révélés contre-productifs, puisque les espaces les plus bombardés correspondaient précisément aux territoires les mieux contrôlés par les forces du Front national de Libération. Des
opérations Search-and-Destroy au Body Count, en passant par les Free Fire Zones, les soldats américains et leurs alliés furent eux aussi poussés, dans le domaine des opérations terrestres, à user aveuglément et impunément de la supériorité de leur puissance de feu contre des civils confondus – à tort ou à raison – avec des combattants « vietcongs ». Ce contexte a favorisé des massacres délibérés de civils non combattants, des deux sexes et de tous âges. Si des exactions ont pu être perpétrées par des Vietnamiens contre d’autres Vietnamiens, comme dans le village
montagnard de Dak Son en décembre 1967 ou à Huê lors de l’offensive du Têt 1968, la force des solidarités familiales et l’absence de la dimension raciste en ont limité le nombre. En revanche, la censure exercée par
l’armée américaine sur les responsabilités des Américains et de leurs alliés asiatiques dans ces massacres a été d’une telle efficacité que la mémoire collective s’est polarisée sur une seule tragédie, celle de My Lai en mars 1968, révélée seulement en novembre 1969 par un journaliste d’investigation, Seymour Hersh. Bien que ce massacre eût été planifié, coordonné et couvert par les officiers supérieurs commandant la Task Force de laquelle dépendait la compagnie Charlie, malgré la mise en évidence des faits et des responsabilités au cours de plusieurs enquêtes
internes dont les résultats furent aussitôt classifiés, seul le lieutenant Calley fut accusé de meurtre prémédité, condamné à la prison à vie avant d’être finalement libéré, grâce à l’active complicité du président Nixon, au bout
de… trois ans et demi ! Or, on sait aujourd’hui – même s’il est encore difficile de l’admettre – que My Lai a été précédé et suivi de bien d’autres massacres, comme ces dizaines d’habitants du hameau de Ha My tués de
sang-froid, trois semaines auparavant, par des soldats sud-coréens
. Crime prémédité parmi d’autres, ayant participé d’une immense tragédie humaine, My Lai est ainsi devenu le paradigme de la violence massive et non discriminante des Américains et de leurs alliés au Vietnam. Les chercheurs le situent désormais dans le contexte plus global des stratégies visant à terroriser les civils, auxquelles les démocraties n’ont pas hésité à recourir au cours du XXe siècle pour précipiter leur victoire, en violation de leurs principes et du droit international (…)

la suite est à lire ici : https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-l-institut-pierre-renouvin1-2012-2-page-57.htm

Pour conclure : dans un des épisodes de cette série, on peut voir un extrait d’une émission télé américaine qui a réuni sur un plateau de télévision, le vice-président américain de Nixon, et des étudiant(e)s. Le VP les attaque/met en cause sur leurs supposées « violences » en leur demandant de condamner celles-ci. Le même homme politique qui soutenait/approuvait des actes criminels, massifs, inoubliables, impardonnables. Et il pensait sans doute sincèrement ce qu’il disait. Voilà le coeur du problème : la conscience… inconsciente.

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