Roland face aux squatteurs : quand un fait divers médiatisé illustre l’extraordinaire renversement des faits et des valeurs

Des « squatteurs » (traduisons : des citoyens sans logement, qui s’installent et vivent dans un logement inoccupé), à Toulouse, ont été pris à partie par la presse locale et par des habitants de ce quartier, motivés par les publications de cette presse locale. Le logement, propriété de « Roland », est une petite maison. Pourquoi ces citoyens sont sans logement ? Parce que les puissances publiques concernées, Etat, mairie, département, ne font rien pour les personnes qui sont à la rue – « rien » n’est pas exact, puisqu’ils trouvent des miettes pour les « donner » à ces personnes. Mais dans ces miettes, il n’y a pas de logement, bien que le nombre de logements inoccupés en France soit très élevé. Ces citoyens ont donc choisi entre : la rue ou un logement, et ils ont choisi un logement. A priori, le « droit au logement » est tellement constitutionnel, qu’il existe, depuis quelques années, un « DALO », un droit au logement opposable. Il s’agit d’une procédure. Mais comme le prouve cette étude administrative concernant la mise en oeuvre de ce DALO, bien que ce droit existe, il y a aussi des requérants qui n’obtiennent pas satisfaction, et il y a tous ceux qui n’engagent aucune requête, faute de la connaître, ou parce qu’ils pressentent que ce sera peine perdue. Car le fait qu’il existe un DALO n’induit pas nécessairement que le logement proposé soit, digne, voire même, aux normes. Et il suffit de refuser une offre pour que le dossier soit mis à la poubelle. Bref, ce système est tellement efficace que nous comptons désormais environ 300.000 personnes à la rue en France. Ces « squatteurs » avaient décidé qu’ils n’en seraient pas. Mais voilà : Roland a voulu récupérer son logement. Et qu’est-ce que la population locale a fait, excitée par les médias locaux ? Au lieu de chercher des logements pour ces citoyens sans logement, elle a eu pour objet de les faire mettre à la porte, afin que Roland puisse essayer de vendre sa modeste maison (pour aller vivre avec sa femme dans une maison de retraite – bonne chance…). Et tout ce petit monde s’applaudit et se congratule pour cet « exploit », avoir mis à la porte parmi les plus pauvres en France. Certains affirment ne trouver le fascisme que dans une émission de télévision : ils devraient ouvrir les yeux sur ce qui se passe, concrètement, par l’extension des principes et des valeurs de la population possédante.

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