Etats-Unis : racisme social, racisme, le cas d’école, infernal

Cette colonie européenne s’est constituée, en tant que nouvelle nation, nouveaux Etats, on le sait, à la fin du 18ème siècle, entre la déclaration d’indépendance et l’adoption de la Constitution, mais, en tant que telle (colonie européenne), elle existait déjà depuis un siècle, puisque cette colonisation de cette partie de l’Amérique du Nord a été plus tardive que celle du Sud et celle du centre. Au Sud, on le sait : les conquérants, espagnols et portugais, se sont appropriés ce monde, par toutes les violences dont ils étaient capables, et ils se sont appropriés tout et tous. Rares, parmi les peuples qui vivaient sur ces Terres avant 1492, ont compris que ces nouveaux venus étaient les serviteurs de la Mort, et que les mondes qu’ils avaient construit pendant des siècles, la manière de vivre qui était la leur, dans un rapport non mercantile et non propriétaire, allaient disparaître, corps et biens, à une vitesse exponentielle. C’est le premier et le plus massif des génocides, par le « grand remplacement » de ces peuples par les colons européens, qui, au contact de ces populations, vont développer une nouvelle forme de racisme, à partir du racisme social dont ils étaient aussi porteurs : le racisme tout court, envers ses populations, jugées inférieures à celle formée par le groupe des conquérants. Au Nord, les « Pilgrim Fathers » ont mis le pied sur ce continent en 1620. Le « pacte du Mayflower » qu’ils adoptent est extrêmement mince, flou : « Ayant entrepris, pour la gloire de Dieu, pour la propagation de la foi chrétienne, et l’honneur de notre roi et de notre pays, un voyage pour implanter la Première Colonie dans les régions septentrionales de Virginie, par la présente, nous convenons solennellement ensemble, devant Dieu et devant chacun d’entre nous, de nous constituer en un corps politique civil, pour notre administration et sauvegarde et par delà, aux fins susdites ; et en vertu de cela de nous conformer, de décider et de concevoir à l’occasion des lois, ordonnances, actes, décrets et obligations, aussi justes et équitables qu’il semblera à propos et convenable d’adopter pour le bien public de la Colonie, et auxquelles nous promettons toute la soumission et l’obéissance requises. En témoignage de quoi nous avons ci-dessous apposé nos noms à Cape Cod, ce 11 novembre du règne de notre souverain seigneur Jacques, dix-huitième roi d’Angleterre, […] d’Irlande, et cinquante-quatrième roi d’Écosse. Anno Domini 1620« . S’il a fallu une culture intellectuelle minimum pour pouvoir évoquer un « corps politique civil pour notre administration et sauvegarde« , on voit qu’ils souhaitent, évidemment, qu’ils décident et se soumettent à des « lois » « aussi justes et équitables qu’il semblera à propos et convenable d’adopter pour le bien public de la Colonie« , sans qu’ils énoncent d’autres notions qui permettent de cerner ce « bien public ». Ce texte n’indique rien quant au fait que ce territoire soit déjà habité, puisse avoir d’autres habitants : tout est centré sur la communauté, elle, et elle seule. On sait que ces premiers colons étaient avant tout déterminés par leur « foi », des protestants séparatistes. Peu après, d’autres colons, eux, puritains, s’installèrent. Leur « Eglise » respective, séparée pendant longtemps, se sont réunies, dans une « association universaliste unitarienne » , dont les caractéristiques modernes (non dominantes aux Etats-Unis) sont originales (1). S’ils s’installent sur ces Terres, c’est qu’ils fuient l’Angleterre, dont ils proviennent, en raison de l’intolérance religieuse qui y règne, mais aussi de la violence des inégalités dans la mesure où les Biens appartiennent pour l’essentiel à l’aristocratie anglaise, et, en son sein, à la royauté. Ces premiers colons sont donc adeptes de l’Egalité, à la fois devant la loi, mais également d’une égalité économique, qui, sans être absolue, ne permette pas des écarts, comme ceux connus et subis en Angleterre. Or, c’est précisément sur cet aspect, décisif à leurs yeux, que leur « projet » va être mis en échec. C’est que, après ces premiers colons, beaucoup d’autres vont suivre en un siècle, et notamment des Anglais fortunés vont traverser l’Atlantique, pour, augmenter leur fortune, pour administrer ces terres et ces individus, au service de la royauté. C’est dans ce groupe social que l’idée et la revendication de l’Indépendance vont progresser : pourquoi partager avec le Roi d’Angleterre ce que nous pourrions nous partager entre nous ? C’est que, entre les premiers colons et ces nouveaux « Américains », la situation, en un siècle, a changé : des millions de travailleurs anglais, mais aussi, irlandais, écossais, et d’Europe, ont traversé l’Océan et ont transformé les premières, pauvres, colonies, en territoires européens bis, que ce soit par des institutions comparables, des usages, la construction de routes, de voies commerciales, la production, de plus en plus industrielle, de « biens », dont, des armes. De colons faibles, qui parvinrent à survivre grâce à l’aide de Native People, appelés « Indiens », à ces millions de colons, forts par le nombre et par les moyens mécaniques nouveaux dont ils disposaient, la situation a changé, et les nouveaux « Américains », après l’adoption de la déclaration d’Indépendance, vont devenir, pour ces habitants présents sur ces Terres depuis des millénaires, une menace existentielle, comme ce fut le cas en Amérique du Sud et Amérique centrale par les premiers colons. Mais la situation ne sera pas seulement désastreuse pour les premiers habitants du « Nouveau Monde » : les pauvres Européens qui vont venir s’installer vont faire l’objet du racisme social structurel, anglo-saxon, si déterminant dans l’Angleterre dont provenaient tant de ces migrants, de la part de ces « nouveaux riches américains », et notamment, parmi eux, des « Pères fondateurs ». Ce sont donc trois immenses groupes sociaux qui vont être ou détruits ou asservis ou instrumentalisés, dans des conditions proches de l’esclavage. Est-ce que les premiers colons européens, s’ils avaient vécu, auraient approuvé cela ? Auraient-ils approuvé qu’une nouvelle Angleterre se reconstitue, en diversifiant le nombre et l’identité des exploités, et auraient laissé faire, au motif que, eux, auraient connu une « promotion sociale » ? Ce qui est certain, c’est donc que cette première vague colonisatrice, avec des colons « modestes » et « mesurés », a été vite submergé par une seconde vague, dans laquelle il y a eu des « rêveurs », qui ont cru qu’ils avaient pris le chemin pour devenir des gagnants, alors qu’ils marchaient vers leur esclavage. Du 18ème siècle à nos jours, les Etat-Unis auront été le cadre de l’extension, par l’expansion, des conséquences sur ces mêmes principes : aux premiers « nouveaux riches » en sont venus s’agréger d’autres, pendant que la majorité travailler pour servir ceux-ci. Pour maintenir ce pouvoir politique et économique dans des Institutions fondées fin 18ème siècle et déterminées dans la Constitution américaine, le racisme social sera prolongé, afin d’empêcher les pauvres américains de pouvoir être, élus, et le racisme sera diffusé, afin de faire croire aux pauvres blancs qu’ils appartiennent à la même grande communauté de VIP que les plus fortunés, pour que les plus pauvres des Américains ne s’unissent pas. De ce double racisme social/racisme, plusieurs notes à venir sur ce blog donneront des détails sur leur Histoire, leurs adeptes, leurs porte-parole. Parmi ces derniers, il y a Ayn Rand. Contrairement à l’introduction faite par le journaliste dans l’émission reproduite ci-dessous, il n’y a rien de nouveau avec ces « intellectuels » dont Ayn Rand est une icône : elle n’a fait que synthétiser ce double racisme social/racisme, dans des oeuvres qui se confondent avec l’idéologie même. Elle voulait et soutenir le capitalisme américain, fondé sur ce racisme social/racisme, et profiter de celui-ci, par un écho renvoyé, par des égos ayant une philosophie d’égos anti égaux. C’est ce qu’elle a obtenu : le succès, en étant « la voix » de CETTE Amérique.

(1) puisqu’ils croient « qu’il y a un tout formé de toutes les vies, que les principes de l’Association unitarienne universaliste appellent « toile interdépendante de toutes les existences dont nous faisons partie ». Le terme Universaliste signifie l’universalité de la religion même. Les principes de l’AUU affirment que vous pouvez trouver la sagesse dans toutes les religions du monde.) , définie comme sans credo et non limitée aux croyances chrétiennes, et affirment intégrer la sagesse d’autres religions ou philosophies comme l’athéisme, l’humanisme religieux, le bouddhisme, le judaïsme, le néopaganisme ».

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