John R. MacArthur, de Harper’s magazine, répond à Aude Lancelin : « Biden est tout ce que vous pouvez imaginer de pire comme partisan du clientélisme »

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QG : Quelles sont les répercussions actuelles de la crise du Covid sur la campagne présidentielle américaine ? La gestion de la crise du Covid-19 aux Etats-Unis pourrait-elle être l’élément achevant de discréditer Trump ? Ou bien risque-t-on d’observer un réflexe légitimiste, « tous derrière le chef » par temps durs ?

John R. MacArthur : Aujourd’hui on peut dire que Trump est gagnant – il est d’ailleurs en hausse dans les sondages. D’une part il est sans arrêt à la télévision, d’autre part il s’est subitement converti au dirigisme en politique, le contraire de Herbert Hoover alors Président républicain au début de la Grande Dépression de 1929.  Celui qui aurait dû être le grand gagnant de la crise actuelle, à savoir Bernie Sanders, a été balayé par la machine démocrate, à savoir le clan Clinton-Obama, qui préfère perdre avec un Biden incohérent et corrompu, que gagner avec un insurgé comme lui qui menacerait le contrôle de la machine du parti. Il est désespérant d’observer la chute de Sanders, au moment même où le manque de soins médicaux de base, et la faiblesse du filet de sécurité sociale, sont plus que jamais évidents et lui donnent raison.

Si la crise se tasse d’ici la convention des Républicains en août, Trump va déjà clamer sa victoire, et les Démocrates auront du mal à le contredire. Les idioties de Trump au début de la crise seront pour la plupart oubliées. Joe Biden est un candidat pire encore qu’Hillary Clinton – je ne vois même pas comment il va pouvoir s’en sortir, tant il est proche de la grande finance, de Wall Street, et partisan de la déréglementation des marchés, du « libre échange ». Il est tout ce que vous pouvez imaginer de pire comme partisan du clientélisme. Il ne peut pas se réinventer d’une minute à l’autre. Je ne comprends toujours pas pourquoi les noirs américains ont voté majoritairement aux primaires pour Biden, qui en tant que sénateur a appuyé une politique anti-intégration au sein des écoles publiques, et favorisé l’incarcération des jeunes noirs en nombre disproportionné. Ce qui le place en très mauvaise posture pour attaquer la politique anti-noirs et anti-pauvres de Trump. Alors étudiant, Sanders s’était fait arrêter dans une manifestation contre la ségrégation des noirs à Chicago, et il avait défilé dans la fameuse « March on Washington » de Martin Luther King en 1963. En 2003, Biden a au contraire prononcé un éloge à la mémoire du sénateur Strom Thurmond, ségrégationniste et raciste avant la lettre. Il y a de quoi être sidéré.

Propos recueillis par Aude Lancelin

John R. MacArthur est le président et rédacteur en chef de Harper’s Magazine. Il est l’une des voix importantes de la gauche aux Etats-Unis. Sous sa direction, Harper’s a reçu vingt National Magazine Awards, la plus haute reconnaissance de la presse américaine. Il est notamment l’auteur de « L’illusion Obama » (2012, éditions les Arènes), essai d’une rare lucidité sur les échecs du premier président noir des Etats-Unis.

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