Rachel Khan : suite et fin de l’analyse de son discours colporté par le Figaro Vox

Cette seconde partie de l’analyse fait suite à la première, accessible ici. Il faut le dire : la concentration de jugements, raccourcis, âneries, notamment implicites, par phrase, est si élevée que lire ce genre de discours est épuisant, et que cette fatigue s’accentue quand il faut répondre, précisément, en détail – mais voilà, c’est une nécessité, tellement ce type de discours bénéficie d’une publicité médiatique imposante, et que celles et ceux qui y répondent, comme Wissam Xelka (cf sa vidéo dans la note antérieure), eux, sont au contraire volontairement invisibilisés. Et après ce week-end, où, pour une phrase claire et justifiée, d’Audrey Pulvar, on a assisté au renversement des faits et des valeurs, avec des racistes qui se prétendent être les antiracistes et qui dénoncent les antiracistes en tant que racistes, il est encore plus nécessaire de ne pas laisser dire, ni faire. Ne soyons pas « libéraux » avec ces fanatiques de l’autoritarisme, ces adeptes du racisme social. Donc Rachel Khan poursuit ses élucubrations en évoquant « nos enfants », à qui « on ne va tout de même pas (…) transmettre que dans la vie, il faut absolument être une victime ». Elle enfonce donc le clou de cette affirmation : il y a de vraies victimes et des victimes de comédie. Mais de qui peut-elle dire que certains le sont et d’autres ne le sont pas ? Quand des personnes disent qu’elles souffrent parce qu’elles ont été agressées par d’autres, c’est qu’il y a des preuves, traces, des actes comme des marques. Les victimes du racisme l’inventent-elles ? Il suffit de faire une petite promenade sur un réseau social comme Twitter pour constater à quel point l’atmosphère publique française est polluée par le racisme – avec des centaines, milliers, de comptes qui écrivent chaque jour des horreurs, de la m…. Quand elle évoque un jeune enfant que des parents auraient formaté pour qu’il s’autoprésente en tant que racisé, le propos est éminemment méprisable. La dignité des parents, qui subissent le racisme, les conduit à éduquer leurs enfants en lui apprenant la fierté de ce qu’il est, et certainement pas à intégrer les violences symboliques que certains leur imposent. Et à chaque phrase prononcé, elle s’enfonce : « c’est aussi l’objectif de ces idéologies : ne pas permettre l’égalité dès la naissance pour ensuite s’en plaindre ». Comment peut-elle être inconsciente du ridicule de telles déclarations ? Celles et ceux qui visent l’égalité réelle voudraient prolonger l’inégalité réelle pour pouvoir continuer de s’en plaindre. Cela relève de l’hôpital psychiatrique. Ensuite, elle enchaîne avec un discours typique de l’extrême-droite ou de l’extrême-droite-centre : mais enfin, vous qui parlez, taisez-vous, parce que vous n’êtes pas représentatif. Mais qui est « représentatif » et comment ? Est-on représentatif avec un niveau de voix à peine supérieur à 2% de l’électorat ? La « représentation nationale » qu’est l’Assemblée nous représente t-elle ? Et qu’est-ce qui autorise Mme Khan de se croire autorisée à ainsi et autant parler – sur la base de quelle représentation ? ! Si nous n’avons pas voté pour Rokhaya Diallo, nous n’avons pas plus voté pour Rachel Khan – et pourquoi faudrait-il être élu pour avoir le droit de parler ? ! Cette négation de ce qu’est l’Histoire réelle de la démocratie dans le monde, en tant que, le premier pouvoir de celles et ceux qui composent le peuple, est de se parler, librement, quand et comme ils le veulent, que cela soit dans une assemblée informelle comme dans une assemblée « légale », est fascinante, mais elle est le prolongement de la réduction de la démocratie au régime représentatif – si peu représentatif ! Quand elle réduit le soutien à Rokhaya Diallo à la couleur de peau, Mme Khan n’est-elle pas en train de faire du racialisme ? ! Et quand on lui parle du fait qu’on est peut-être dans le camp, grâce à son cerveau, elle ne pense qu’à ses cheveux. Le problème d’auto-perception, d’auto-représentation, comme de perception et de représentation du monde, se confirme. Ce problème se confirme d’autant plus qu’elle reproche à celles et ceux qui sont comme elles de n’avoir vécu aucune discrimination – ce qu’aucune personne consciente de ce qu’est le racisme en France ne peut faire ! Quand elle évoque ses « douleurs » (sans être, alors qu’elle est si prompte à tout renvoyer à son expérience personnelle jugée si remarquable, capable de les préciser), elle indique ne pas « vouloir s’y attarder éternellement », et nous pouvons la rassurer : cela ne sera pas éternel, puisque, en dehors de ce qui est éternel, rien ne l’est, et notamment nous – y compris le racisme ! Et elle affirme lutter depuis « plus de vingt ans contre les discriminations » – faut-il la croire ? Qu’entend-elle par lutter ? Aller faire des risettes, comme Zineb El Rhazoui, à des extrémistes de droite ? ! Et la fin de son discours nous permet d’assister au désastre annoncé : son absence de rigueur intellectuelle (et morale) devient certain lorsqu’elle formule cette généralité creuse, à savoir que « tout le monde a un côté un peu raciste ». Et non, Mme Khan. Le racisme était inconnu dans l’Antiquité. De nombreux peuples dans ce monde sont absolument sains, sans la moindre trace de racisme – si on ne confond pas, évidemment, une critique, légitime ou non, envers les « étrangers » avec le racisme. Ce n’est pas un phénomène universel, ni dans l’espace ni dans le temps. Ce que cet entretien démontre, c’est qu’une personne aussi ignare et animée d’une aussi mauvaise volonté a le droit de parler – comme nous l’avons de lui répondre, mais elle termine son propos en reprochant, encore, à Camélia Jordana de le faire, et le faire comme elle fait, au motif qu’elle a du succès, comme si, lorsque Camélia Jordana constate et met en cause les méfaits du racisme dans la police, elle généralisait, en accusant LA France et TOUS les citoyens de ce pays de. Ce qu’elle ne fait. Et si elle a une réussite personnelle, c’est par ses efforts, conjugués à ceux de milliers de personnes qui, dans ce pays, eux aussi, ne sont pas racistes, mais sont confrontés à l’activisme et aux délires potentiellement criminels de celles et ceux qui le sont. « La France, ce n’est pas Soweto ». Oui, la France, ce n’est pas l’Afrique du Sud. Là-bas, l’apartheid, fondé par le racisme sud-africain, était officiel, explicite. En France, bien que la devise républicaine soit « Liberté… », il y a une même logique générale d’Apartheid, pour séparer riches et pauvres, sur une logique communautariste, et, au sein des pauvres, pour séparer physiquement, socialement, et politiquement, les pauvres, afin que, divisés, ils luttent entre eux et non, contre les tenants de cet apartheid social. Le système français est donc autrement pervers, machiavélique. Et la fin du propos est absolument tragique : elle se sert de Romain Gary pour décréter que « Black Live Matter » est seulement animé par une volonté de « vengeance », par une « colère » – ce que, du haut de sa très grande sagesse mimée, elle décrète que cela « ne mène nulle part », pour mettre en cause les combattants, noirs américains, des Black Panthers, en offrant un grand plaisir à ces lecteurs de droite et d’extrême-droite, puisqu’elle prétend mettre en cause leur « incohérence », par leur adhésion à l’Islam. Mais les membres et sympathisants des Black Panthers, un mouvement qui a été criminellement détruit par le FBI, avaient raison, 50 ans avant « Black Live Matter » : la lutte contre le racisme américain, après l’affaiblissement et la quasi disparition des Black Panthers, s’est elle-même étiolée, ce qui a permis à ce racisme suprématiste, de se maintenir et de s’étendre à nouveau. Mais tout d’un coup, Mme Khan prétend s’intéresser à un phénomène de « victimes » (qui abusent aussi de la « victimisation » ? !) : l’esclavage, dès lors que des musulmans en sont responsables. Quand il y a exploitations et violences autres qu’à travers l’esclavage pur et dur, Mme Khan n’est pas intéressée. Les « victimes » doivent cesser de se plaindre, si elles se plaignent, si elles osent se. N’en déplaise à Mme Khan, les combattants des Black Panthers ont été des héros (pour certains, assassinés, pour d’autres, emprisonnés à partir de fausses accusations et de condamnations scandaleuses), qui avaient raison avant l’heure. Et, pour la plupart d’entre eux, ils n’étaient pas motivés par un autre racisme, et même par une volonté de vengeance, mais par la volonté de vivre librement et dignement, ce que le système politico-économique américain leur refusait et continue de refuser à beaucoup de Noirs, pauvres. Ceux-là ne verront jamais Mme Rachel Khan avoir un mot pour les défendre et les aider – ici comme là-bas.

Pour lui faire plaisir, deux émissions d’Arte sur les Black Panthers :

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