De Socrate à Samuel Paty : condamnés à mort pour les mêmes motifs, 2500 ans après, comme si l’Histoire humaine stagnait…

Dans « les Nuées », un vieil Athénien, Strepsiadès, finit par mettre le feu à l’école d’un Socrate confondu avec un sophiste menteur, manipulateur et impie. Ceux qui ont accusé Socrate et qui ont provoqué le procès conclu par la condamnation à mort de cet original citoyen ont pu ainsi convoquer cette rumeur, cette confusion, créées par la pièce d’Aristophane. Pour quels motifs d’accusation Socrate se voit imposé un procès ? Il est mis en cause pour impiété et corruption de la jeunesse. Impiété : c’est ce même motif pour lequel l’assassin de Samuel a prétendu devoir agir. Corruption de la jeunesse : idem. Socrate et Samuel, mêmes « combats » ? Oui : parce que Socrate a fait du DIALOGUE le principe vital qu’il faut respecter et réaliser, afin de se réaliser; parce que, dans ce dialogue, la différence entre le vrai et le faux peut, au mieux, se faire, avec des conclusions probantes; parce que nous pouvons connaître comme ignorer mais que la connaissance est supérieure à l’ignorance; parce que les parents aiment si peu et si mal leurs enfants; parce qu’il y a un fossé entre les imitateurs et les sujets qui ont une connaissance directe, une expérience, entre ceux qui prétendent respecter dogmatiquement « le sacré » et ceux qui connaissent, comme Socrate y prétendait, « la présence des Dieux », comme Samuel y prétendait, la présence des principes universels, comme l’usage original, singulier, et pas nécessairement intelligent, pertinent, de la « liberté d’expression », dans des dessins qui reposent sur une pensée et entendent faire penser, y compris quand ils se trompent. Qu’est-ce qui permet de comprendre que, bien que tant de temps se soit écoulé, nous subissions la même violence, la condamnation à mort et exécution d’un juste citoyen ? C’est que, entre temps, des organisations ont été créées, se sont manifestées, précisément sur ces motifs même : l’affirmation de la piété et la formation/encadrement de la jeunesse de manière à ce que l’ensemble de ses comportements soient définis, déterminés, contrôlés. Pour que nous puissions vivre dans une époque où nous soyons libres de ne pas être d’accord avec de telles affirmations et leurs présupposés, il a fallu les combattre et imposer des principes réellement universels, comme la « liberté de conscience », la neutralité de l’Etat envers les cultes, mais bien que la « laïcité » soit censée déterminer l’espace public et politique français, cette limitation imposée à des « croyants » est contestée par quelques uns, parmi lesquels on peut trouver (même rarement) des tueurs.

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