« Decolonisations », un événement dans et contre le déni, déni de la mesure de la responsabilité/culpabilité d’une extrême droite dans…

Le « roman national », qui est bien souvent plutôt un « roman nationaliste » et, largement, une fiction à la place d’une mémoire historique, a été, publiquement et mortellement, atteint, par la diffusion, dans la même soirée, de deux émissions, liées l’une à l’autre, intitulées, « Décolonisations, du sang et des larmes ». Le propos, soutenu par des images rarement ou jamais diffusées, colorisées, est inédit : il y a eu une telle colonisation, une telle volonté d’appropriation des biens et des personnes, qu’il y a eu des mouvements de décolonisation, contre lesquels la volonté initiale et permanente s’est maintenue, jusqu’au bout, jusqu’à une Dien Bien Phu. Pour la première fois, une narration a pu reconnaître, clairement que, « au nom de la France », bien des crimes furent commis. Comme cela était prévisible, les chantres de l’extrême droite ont vitupéré, pendant cette soirée, et dans les jours qui ont suivi, contre ce qu’elle a qualifié de « discours anti-France ». Or, il ne faut pas se laisser impressionner par son discours. L’instrumentalisation de la France pour commettre de tels crimes, y compris le jour et le lendemain, de la Libération, en 1945, n’est ni la faute de la France ni la faute d’une majorité de Français à qui cette colonisation fut aussi imposée. Les Communards l’auraient sans doute arrêté, les Versaillais l’ont amplifié, comme les membres de Thermidor et du Directoire avaient repris leur « marche en avant, » pour le rétablissement de l’esclavage (effectué par Bonaparte), et pour l’invasion de l’Europe, à laquelle Robespierre et Saint-Just s’opposaient. La colonisation d’avant 1945 était déjà une opération criminelle, où la France ne valait pas mieux que l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne, …, mais, après 1945, elle devient un crime d’une ampleur bien plus considérable, puisque la France a subi, pendant 4 ans, une occupation, qui était la première phase d’une colonisation qui a été heureusement mise en échec. Cette colonisation, l’extrême droite y a été intimement associée. Quand elle la défend, elle se défend. Mais elle est indéfendable, au regard de l’Histoire, comme les Nazis le sont. Les deux émissions sont actuellement encore disponibles sur le site de France Televisions. Leur enregistrement sur Youtube est ou de mauvaise qualité (et provisoire, les vidéos seront sans doute prochainement supprimées), ou déjà retirées. Il vous faut donc voir ces deux émissions dans les prochains jours ou vous les procurer prochainement. Ci-dessous, une émission faite par et pour ce réseau de diffusion, avec :

Pascal Blanchard, historien, chercheur au CNRS au Laboratoire communication et politique, codirecteur du Groupe de recherche Achac (colonisation, immigration, postcolonialisme) et documentariste (il vient de proposer sur Arte en 2018 « Sauvages. Au cœur des zoos humains »). Il est spécialiste de la question coloniale, de l’histoire des immigrations et des enjeux postcoloniaux. Il a notamment codirigé ou dirigé : « La République coloniale. Essai sur une utopie » (Albin Michel, 2003), « Human Zoos. Science and Spectacle in the Age of Colonial Empires » (Liverpool, Liverpool University Press, 2009), « Les Années 30, et si l’histoire recommençait ? » (La Martinière, 2017), « Sexe, race & colonies » (Paris, La Découverte, 2018), « Sexualités, identités et corps colonisés » (CNRS Editions, 2019). Son dernier livre est « Décolonisations françaises. La chute d’un Empire » (avec Sandrine Lemaire et Nicolas Bancel, La Martinière, 2020). Sandrine Lemaire, agrégée, enseignante et docteur en histoire de l’Institut universitaire européen de Florence et spécialiste de l’empire colonial français, elle a codirigé « Culture coloniale. La France conquise par son Empire » (Autrement, 2003), « Culture impériale. Les colonies au cœur de la République » (Autrement, 2004), « Zoos humains. Au temps des exhibitions humaines » (La Découverte, 2004), « La Fracture coloniale. La société française au prisme de l’héritage colonial » (avec Nicolas Bancel et Pascal Blanchard, La Découverte, 2005). Son dernier livre est « Décolonisations françaises. La chute d’un Empire » (avec Pascal Blanchard et Nicolas Bancel, La Martinière, 2020). Modération : Roland Biache, militant de la Ligue des droits de l’homme et ancien président du REF (Réseau Euromed France).

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