« De 1954 à 1967, le défilé du 1er mai est interdit à Paris – décision prise après le massacre du 14 juillet 1953 »

Une note importante du blog de « Ciné-Archives » sur Médiapart. Ci-dessous, un extrait et le lien

De 1954 à 1967, le défilé du 1er mai est interdit à Paris – décision prise après le massacre du 14 juillet 1953, qui a vu sept manifestants algériens et français mourir sous les balles de la police. Des rassemblements statiques s’y substituent. Quelques images fugaces tournées en ces occasions par le PCF et la CGT témoignent de la persistance des revendications pour l’indépendance de l’Algérie.

Avant d’être rendu à sa vocation initiale de parade militaire, le 14 juillet a constitué un temps fort du calendrier militant, au même titre que le 1er ou le 28 mai – jour de la « montée » au Mur des Fédérés du cimetière du Père-Lachaise, pour rendre hommage aux militant.es de la Commune de Paris et aux victimes de la Semaine sanglante. Cette tradition se perpétuait depuis le 14 juillet 1935, quand des cortèges partis en ordre dispersé pour protester contre la menace fasciste avaient opéré une jonction symbolique dans les rues de Paris, marquant la naissance du Front Populaire. Aussi, le 14 juillet 1953, les organisations du mouvement ouvrier, PCF et CGT en tête, défilent sur le trajet emblématique « Bastille-Nation ». Derrière le cortège syndical, plusieurs milliers de militants nationalistes algériens du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) ferment la marche. Ils scandent « A bas le colonialisme » et divers mots d’ordre en faveur de l’indépendance. A l’arrivée place de la Nation, alors que le gros de la manifestation a déjà commencé à se disperser, la police exige le retrait du portrait de Messali Hadj, le dirigeant du MTLD, alors emprisonné. Les manifestants refusent, la police charge, la manifestation se transforme en émeute, la police ouvre le feu sans sommation. Sept personnes meurent sous les balles, six militants du MTLD et un militant de la CGT. Plus de quarante sont blessées par les coups de feu et coups de matraques. A l’exception de quelques titres de la gauche communiste (L’Humanité) ou catholique (Témoignage chrétien), la presse dans son ensemble tait l’événement, quand elle n’accuse pas les victimes. La mémoire de cette journée se perd très rapidement, et n’a refait surface que récemment, grâce aux travaux de Danielle Tartakowsky, Emmanuel Blanchard, Alain Ruscio et Daniel Kupferstein, auteur de Les balles du 14 juillet 1953 – Le massacre policier oublié de nationalistes algériens à Paris. Cette guerre d’Algérie qui ne dira jamais son nom n’est pas encore officiellement à l’ordre du jour, mais dans un contexte politique de plus en plus tendu, le Ministère de l’Intérieur et la préfecture décident d’interdire tous les défilés dans Paris. Quelques rares manifestations seront de fait tolérées, mais c’en est fini du 1er mai et du 14 juillet – du moins, sous leur forme classique.

Laisser un commentaire