De « The Man in the High Castle » à « Hunters », Amazon voit des Nazis partout aux Etats-Unis – quand la fiction traduit une conscience, une fausse conscience…

Dans la fiction manichéenne, les Nazis sont les « parfaits » méchants puisqu’ils l’ont été réellement dans l’Histoire. Mais dans l’Histoire, en cours, les Nazis n’ont pas été des « méchants de fiction », mais une armée de criminels, des plus « modestes » (les « tueurs anonymes » d’Hitler, remarquablement présentés dans leur sadisme concret dans le film de Steven Spielberg, « La liste de Schindler »), jusqu’aux plus coupables (comme Reinhard Heydrich, l’exemple même de l’intellectuel/criminel). Défaits par la victoire des Alliés, par la tenaille américano-soviétique, des milliers ont survécu. Certains ont pu retrouver dès mai 1945 l’Allemagne, d’autres le firent dans les mois et les années qui suivirent. D’autres prirent, en nombre, le chemin de l’Amérique Latine (Argentine, Chili, Paraguay, Brésil, …) ou du Moyen Orient. Les Klaus Barbie et Werner Von Braun sont connus : services secrets comme NASA firent appel à leurs « compétences ». Mais si cette instrumentalisation est connue, elle est souvent réduite par certains à cette instrumentalisation. Pourtant, dans quel pays entend-on parler le plus aujourd’hui d’un suprématisme/racisme blanc, dont le modèle historique est le nazisme, lequel, pour se constituer, pris ce suprématisme/racisme américain en modèle ? ! C’est pourquoi la célèbre uchronie de Philip K. Dick concernant la fin de la Seconde Guerre Mondiale et l’après-guerre a un tel sens : il y a bien un tel rapport entre le Nazisme et les Etats-Unis qu’il est pertinent d’en faire, dans le cas d’une fin de l’Histoire différente, le centre même, partagé avec l’Empire nippon, du Nazisme mondialisé. Amazon est l’une des plus puissantes entreprises américaines. Via son réseau de diffusion de séries, Amazon a fait produire et diffuse 2 séries, où les Nazis sont les personnages principaux : l’adaptation du « Maître du Haut Chateau », l’oeuvre de Philip K.Dick et une nouvelle série, « Hunters », dans laquelle un groupe traque pour les neutraliser des Nazis « embedded » dans la vie sociale et économique américaine. Il y a plusieurs problèmes posés par ces séries : outre la fondamentale esthétisation de criminels siglés de noir et de rouge, il y a l’externalisation du Nazisme, en tant que, logique, étrangère, qui peut, par la force ou par la ruse, coloniser une Amérique, à priori, aux antipodes de. Il y a, évidemment, dans ce Manichéisme, la définition de ce que sont les vrais et grands Américains, des purs et durs qui résistent, s’opposent à. Il faut le dire clairement : il s’agit là, en effet, d’une « fiction ». Les faits historiques parlent de tout autre chose : les liens entre les Nazis, historiques, et survivants, et un pouvoir politico-industriel américain, avec, à sa base, les milliers d’Américains adeptes d’un nazisme américain. Bien entendu, socialement, dans un pays déterminé par une multitude des origines ethniques, par un métissage de plus en plus structurel, ce néo nazisme américain est ce qu’il au niveau mondial : une réalité faible, une extrême minorité. S’ils ne peuvent plus avoir de projet d’un nouvel Etat racial nazi, contribuer à des confusions susceptibles de créer des troubles sociaux, nationaux, pour provoquer, par une cascade de tragédies, des guerres civiles, suffit à leur « bonheur ». S’ils ne peuvent plus rien édifier, ils se réjouissent de continuer à commettre des crimes, à détruire, ce qui est leur plus grande spécialité. En Allemagne, leur nombre, croissant, est de plus en plus important (même minoritaire), et leur vitrine politique, l’AFD, compte près de 100 parlementaires au Reichstag. Ils ont eu des « soldats »-porte-parole, tel cet Anders Breivik. Aux Etats-Unis, il y a un Président qui a publiquement affirmé que, de ce côté-là, il y a des gens bien, également. Un autre Président, au Brésil, est, explicitement, un sympathisant du Nazisme, comme nombre des blancs brésiliens qui sont autour de lui. Au coeur de l’Europe, des dirigeants de pays de l’Est sont de moins en moins ambigus. Ils autorisent, protègent, laissent tenir, des manifestations de « néo nazis ». Ils ont des soutiens financiers, étatiques. Or, sur un tel réseau mondial, qui rend possible de telles menaces, il n’y a pas de « série ». Il faut donc prendre acte de ce que ces séries « révèlent » et ne révèlent pas – en même temps.

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