Ferguson, Saint-Louis (Missouri) : l’existence d’une milice criminelle d’extrême-droite est certaine, et là, le FBI regarde ailleurs… – à propos d’un article de Mathieu Magnaudeix, pour Médiapart

L’article (de 5 pages Internet) de Mathieu Magnaudeix s’intitule : « Cinq ans après, Ferguson, Missouri, reste hanté par la terreur policière« . Dans son article, le journaliste rappelle : « Le 9 août 2014, les émeutes de Ferguson ont débuté après la mort d’un garçon de 18 ans nommé Michael Brown. Darren Wilson, l’officier, le soupçonnait d’avoir volé des cigarillos dans une supérette. Brown s’était avancé, sans arme, les mains en l’air. Wilson avait tiré, deux balles, puis dix de plus. À la tête, dans l’œil, sur la mâchoire : des balles pour tuer. « Il ressemblait à un démon », justifiera le policier.  » Darren Wilson a commis un meurtre, sans doute motivé par le racisme structurel qui est l’atmosphère même de tant de régions des Etats-Unis. Le corps de Michael Brown fut laissé, tel quel, dans la rue, pendant plusieurs heures, afin que le mépris de tant de policiers pour ces Noirs américains soit bien marqué, perçu. L’état mental du policier n’a jamais été réellement étudié. L’enquête s’est largement basée sur ses déclarations, comme si on pouvait faire et si on faisait la même chose avec un criminel… non policier ! Non content que les pauvres, Noirs, soient, là comme ailleurs, obligés de vivre dans des zones d’habitation, abandonnées, ou, mal entretenues, ces zones, où des humains parquent d’autres êtres humains, subissent des rodéos de policiers/cow boys qui, selon leurs humeurs, ou les ordres du « boss », débarquent de temps en temps pour terroriser, faire peur, pour magouiller, pour frapper, et, parfois, afin que la terreur/peur se maintienne, s’aggrave, pour tuer. C’est contre cette violence sociale en tant que politique générale, politique de racisme social contre ces habitants, décidée par des votes de telle ou telle « équipe municipale », pratiques de la police de la ville et de l’Etat, contre ces femmes, ces hommes, en raison de ce racisme omniprésent, qu’il y eut, après la mort de Michael Brown, des « émeutes » et l’apparition de figures de ces émeutes. Or, depuis 2014, il y a eu, sur, contre, ces figures, des menaces, des violences, et, surtout, des assassinats, déguisés en suicides. Dans son article, le journaliste français parle du cas de Danye Jones : « Un matin au Cracker Barrel de Ferguson, une chaîne américaine typique dont les restaurants ressemblent à de faux ranchs, Melissa McKennies picore un pancake. En octobre 2018, son fils, Danye Jones, a été retrouvé pendu à un arbre dans le jardin familial. C’est elle qui l’a découvert au petit matin.Melissa sort des photos : Danye, beau jeune homme, avec ses frères et sœurs ; elle et Danye il y a cinq ans dans les rues de Ferguson. Depuis des mois, Melissa répète cette phrase, qu’elle prononce encore ce jour-là : « They lynched my baby » (« Ils ont lynché mon bébé »). (…) Des images du corps pendu de Danye ont fait le tour des réseaux sociaux. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec l’imagerie des 4 000 lynchages perpétrés entre les années 1870 et 1950 dans le sud états-unien. Danye, insiste Melissa, a été retrouvé le pantalon baissé. « À l’époque, dit-elle, c’est ainsi qu’ils nous humiliaient quand ils nous pendaient. »Pourtant, les services du médecin légiste du comté de Saint Louis ont conclu au « suicide » par « pendaison », stipule leur rapport, que Mediapart a consulté. Melissa n’y croit pas. L’enquêteur chargé de la mort de son fils est lui-même accusé de violences policières. « Que voulez-vous que j’attende d’une telle investigation ? » » Or depuis 2014 la liste des « morts » s’allonge, régulièrement : « Le 24 novembre 2014, Deandre Joshua, un jeune magasinier de 20 ans, est assassiné au volant de sa Pontiac blanche, une balle dans la tête, son corps incendié, près du lotissement où le jeune Michael Brown avait été tué. Quelques jours plus tard, le 3 décembre 2014, Shawn Gray, 23 ans, plongeur dans la restauration et virtuose de skateboard, est retrouvé mort près d’une rivière. La nuit de sa disparition, il a été arrêté par la police, sans raison précise. Le 6 septembre 2016, Darren Seals, 29 ans, meurt dans sa voiture incendiée, victime d’au moins un coup de feu dont l’auteur reste inconnu. Il était une des figures emblématiques du mouvement de 2014. L’année suivante, Edward Crawford, 27 ans, se tue avec une arme dans des circonstances troubles. Sur un cliché devenu célèbre, pris au plus fort du mouvement (photo), on le voyait renvoyer une bombe lacrymogène vers les policiers, un paquet de chips dans l’autre main. Il portait un tee-shirt « stars and stripes », aux couleurs des États-Unis. (…)  Un mois plus tard, Bassem Masri, 31 ans, s’effondre dans un bus, terrassé par une attaque cardiaque. « Masri, un Palestinien-Américain, avait filmé les émeutes en direct, aux premières loges.  » Le journaliste en vient à poser la bonne question « Le Missouri, un État très conservateur du Midwest américain, lyncha soixante Africains-Américains entre 1877 et 1950. À nouveau, une secrète milice serait-elle en train de tuer des Noirs ?  » mais il n’y répond pas. Or, comment poser cette question, sans y répondre ? Faudrait-il que les auteurs de ces crimes soient arrêtés et avouent ? Et comment une telle situation pourrait-elle se produire, puisque, à l’heure actuelle, aucune enquête, de l’Etat ou du FBI, n’a cours ? ! Or, il y a des éléments objectifs : la « pendaison » de Danye Jones ne peut en aucun cas lui être imputé. Le jeune homme n’était pas suicidaire, et en tant que jeune noir dans un tel espace-temps, il connaissait la signification de la pendaison, associée au lynchages. S’il avait donc décidé de se suicider, il aurait choisi une autre façon de faire. Quant au fait d’avoir retrouvé son pantalon sur ses chevilles, il n’aurait jamais pu, là aussi, faire cela, puisqu’il s’agit d’un état d’humiliation. Là, on pourrait trouver des blancs « paranoïaques » qui affirmeraient qu’il a fait cela pour associer sa mort à une telle signification, pour faire de son suicide un crime. Sur cette paranoïa, l’article insiste à plusieurs reprises sur le fait que nombre de femmes, d’hommes, noirs, de cette région, en seraient marqués – mais comment ne pas les comprendre puisque leurs vies sont réellement menacées, en danger ! L’examen des autres décès conduit nécessairement à cette certitude : il y a une milice secrète, sans doute composée, au moins en partie, de policiers, qui tuent ces militants, figures connus pour leur engagement lors des émeutes consécutives à l’assassinat de Michael Brown, parce qu’ils ont été, parce qu’ils furent, parce qu’ils sont, de telles figures, de tels militants. Et ces nouveaux meurtres prouvent également celui de Michael Brown. Son père a donc parfaitement raison de réclamer la réouverture de l’enquête, puisque l’assassin, connu, est toujours en liberté. Pour de tels crimes, le FBI est aux abonnés absents. Il faut dire que pendant longtemps (et maintenant ?), notamment lorsque Edgar Hoover sévissait encore, le FBI a servi à assassiner des militants, à inventer de fausses preuves pour les faire accuser.

Par ailleurs, étant donné ce qui se passe ces derniers mois, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Amérique centrale, nous avons déjà posé la question sur Twitter : n’existe-il pas un nouveau « plan Condor », bis ? Un plan Condor plus lent, plus désordonné, afin de ne pas se révéler…

L’article se termine avec un bref entretien avec un jeune historien, Vernon Mitchell. Celui-ci le rappelle : « Ce jeune historien a grandi à Ferguson à la fin des années 1980, lorsque les Noirs se sont installés dans les maisons abandonnées par l’exode des Blancs vers les banlieues. Il a compilé les images du mouvement diffusées sur les réseaux sociaux. Il en connaît de nombreux participants : les quelques activistes connus qui ont émergé, ceux qui ont été broyés. «On l’oublie souvent, mais pendant le mouvement des droits civiques, il y eut nombre de victimes : les morts, mais aussi les morts psychologiques, les morts mentales. Nous revivons ici la même chose », dit-il. La peur constante, la persistance des rumeurs, ne l’étonnent pas. « Ici, nous dit Mitchell, beaucoup ont évolué sur la scène d’un théâtre de guerre. Ils ont été confrontés à une sorte de terrorisme domestique commandité par l’État. Ils ont été surveillés, ou ont eu le sentiment de l’être, par une police censée les protéger et les servir. La paranoïa est réelle, à la mesure du traumatisme subi, du manque d’éducation, de l’absence d’opportunités qui s’est poursuivie, et pour certains, amplifiée, après le mouvement. À cause de l’histoire du terrorisme domestique aux États-Unis, le surgissement de théories du complot et de la désinformation, renforcées par les réseaux sociaux, n’est pas surprenant. Ces théories sont même séduisantes. Le récit est déjà en place. Les Noirs d’ici savent que leurs ancêtres qui osaient déclarer leur humanité pleine et entière pouvaient être jetés à la rivière. » Penser que le temps puisse panser les plaies est sans doute rassurant, Mitchell dit que « c’est une farce ». « Les politiques néfastes sont toujours là, la frustration est toujours là. » Avec Trump, le suprémacisme blanc a même un porte-voix à la Maison Blanche. L’historien a cette phrase : « Demain, à Ferguson, si un jeune homme noir est tué par la police, tout peut recommencer. »

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