Comprendre le mouvement « Décolonial » et « les Indigènes de la République » : Houria Bouteldja s’explique dans « Interdit d’Interdire »

Certains disent « ne pas comprendre ». C’est le cas de l’interlocuteur d’Houria Bouteldja. Dans cette émission, elle s’exprime et s’explique, avec une grande clarté. Si un tel mouvement peut exister, c’est donc que la logique coloniale constitue d’être centrale, que les « décolonisations » officielles peuvent être analysées comme des échecs ou pire, des escroqueries. Mais en outre, il s’agit de penser notre espace « ici » (la France métropolitaine), comme « colonisée », non pas par des étrangers/migrants qui grand-remplaceraient…, mais par ce qui colonise ailleurs, partout, et donc nécessairement ici aussi, à savoir, et l’appropriation/privatisation de tout, et l’accompagnement idéologique de cette appropriation/privatisation, par un « discours colonial » complet.

L’interlocuteur parle d’une « idéologie anti-française ». Donc, si des Français critiquent sa France, ils sont anti-français ! Donc, la France doit être réduite à ce qui est mis en cause ici, et donc, être contre, c’est être anti-Français. Non, monsieur, la France ne vous appartient pas, et vous ne la représentez pas. Donc, qu’il s’agisse d’une idéologie à laquelle vous vous opposez, vous avez le droit de, mais ce n’est pas une idéologie anti-française. Et on pourrait même vouloir le contredire sur ce terrain, en la considérant comme une idéologie « française ». Pourquoi ? A l’occasion de la période entre 1789 et l’été 1794 (fin de ce que l’on appelle « la Révolution Française »), une partie importante des dirigeants du mouvement révolutionnaire a, avec et autour de Robespierre, mis en cause le projet de la Bourgeoisie française de prétendre « exporter » « la Révolution », en Europe, afin d’y organiser le pillage des richesses, d’y commettre, là aussi, des crimes. Ce sont les mêmes qui ont voté l’abolition de l’esclavage, sans indemnisation des « propriétaires ». Ceux-là incarnent ce que fut la véritable Révolution Française. On le sait : les réactionnaires sont parvenus à les assassiner, et à les accuser d’être responsables de la Terreur qu’ils ont eux-mêmes voulu, géré, contrôlé. Le mouvement décolonial, en tant que mouvement égalitariste, s’inscrit dans ce prolongement. Après, ce même interlocuteur met en cause le « manichéisme », alors que son propos est construit sur une même structure archétypale – autrement dit, cette « critique » ne vaut rien, et pour tenter de la soutenir, il essaye de faire valoir une confusion sur les êtres/couleurs/idées/comportements où, finalement, tout serait si complexe, par des singularités, qu’il en serait impossible d’en penser des systèmes. Autrement dit, il ne faut pas penser, et surtout pas penser comme vous le faites, mais singulariser au maximum, et ce dans la foulée de son accusation sur une « idéologie anti-française », maximum de la systématisation ! Pour caractériser le fait de « critiquer la société française », en permanence, HB « cracherait » sur celle-ci – et dans ce cas, ils seraient nombreux à, mais non, monsieur, critiquer, ce n’est pas cracher sur, la France, mais critiquer sur ce qui est l’appropriation de la France par une minorité, à laquelle vous appartenez, et vous avez parfaitement compris ce qui est en jeu ici, ce qui vous motive dans cette opposition caricaturale. Il y a tant de preuves de la mauvaise foi de cet interlocuteur : quand il évoque les chrétiens français, et les actes anti-chrétiens en France (rarissismes), il fait l’éloge de ces « chrétiens français » qui ne seraient pas dans la pleurnicherie victimaire ! Comme si le Christianisme était maltraité en France ! Comme si le Christianisme ne restait pas intimement lié à plusieurs pouvoirs ! Comme si le Christianisme ne disposait pas de dizaines de milliers de lieux de cultes ! Il est logique que les chrétiens français ne se plaignent pas, puisqu’ils n’ont aucune raison de ! et donc les autres sont sommés de les imiter, bien que, eux, ils soient autrement traités que ceux-ci… Sur le racisme d’Etat que ce monsieur « ne voit pas », parce qu’il n’y aurait pas de « lois » pour, il faut donc lui apprendre qu’il est plus important et déterminant qu’il y ait des pratiques et des pratiques « sans lois », voire même contraires à des lois, que, judiciairement, il est difficile de faire constater et sanctionner. Un principe de la discrimination est de faire des choix SANS EXPRIMER LES CRITERES ET LES MOTIFS de ces choix. Dans nombre d’entreprises en France, les recruteurs appliquent de tels critères et motifs, sans les formuler (ce qui reviendrait à s’exposer). C’est ce que HB lui rappelle. Après, à l’occasion d’une discussion sur ces discriminations, ce monsieur fait référence à ses origines, en tant qu' »immigré ». Il faut le remercier de ses différents cadeaux et à son interlocutrice et à celles et ceux qui peuvent l’écouter ici : est-ce que les migrants sont, parce qu’ils sont migrants, comparables, au point d’être les mêmes ? Après la fin du Franquisme en Espagne, des Franquistes ont « migré », et, là où ils se sont installés, ils ont continué d’être des Franquistes – idem pour des Italiens mussoliniens. Dans la partie qui concerne les emprisonnés, HB rappelle que les jeunes des quartiers, arabes, noirs, musulmans, sont les plus visés et sanctionnés. On sait que la réponse de l’extrême-droite est de les mettre en cause en tant que « délinquants ». Ce qu’il faut constater, et beaucoup l’ont désormais constaté à l’occasion du mouvement des Gilets Jaunes, c’est que le traitement judiciaire des uns et des autres n’est pas le même : des délinquants CSP++, VIP (par exemple, un Beigbeder consommateur de cocaïne), ne sont pas poursuivis ou bénéficient juste d’un rappel à la loi, alors que d’autres sont immédiatement emprisonnés, avec de la préventive, des condamnations lourdes pour des délits (et non crimes); et quand ils sont victimes, les responsables et coupables de, sont ou relaxés ou peu condamnés. Ces faits sont sociologiquement connus. Après, quand il s’agit de la colonisation/destruction du monde par les Européens, étendus aux « Occidentaux », l’interlocuteur se réfugie dans la caricature habituelle : « je pense que les Occidentaux ne sont pas responsables de TOUT ». Or, si c’est évident, le problème n’est pas qu’ils soient responsables de TOUT, mais de BEAUCOUP, et de l’essentiel, et, évidemment, sur cela, cet interlocuteur n’a rien à dire, à redire. C’est ce qui se passe avec le néo-colonialisme : après leur départ, des puissances européennes ont organisé une habile tutelle sur les pays quittés, notamment via des élites qu’elles contrôlent, et c’est ce que rappelle fermement HB. L’interlocuteur se dit « d’accord », pour qu’il y ait « le moins possible d’ingérence ». – le moins possible… Mais c’est l’absence totale d’ingérence qu’il faut respecter – on voit ce qui se passe chez nous quand l’hypothèse d’une ingérence étrangère est évoquée… ! Quand ce même interlocuteur prétend être en droit d’exiger que des « immigrés » résidant en France et qui y restent « deviennent » COMME LES AUTRES, par l’intégration/assimilation, on assiste à l’expression d’une folie très spécifiquement « française », puisque, pour exprimer une telle requête, réquisition, il faut ne pas penser à ce que donnerait l’expression d’une même requête envers des Français installés à l’étranger ! Cessez d’être français, et devenez…. Et quand HB lui répond « donnez du travail à tout le monde », la réponse, laconique, est que « tout n’est pas social ». Par contre, quand ce genre de personnages est recruté, grassement rémunéré pour ses basses oeuvres, là, « tout est social », et c’est légitime. Derrière cette phrase laconique, il y a le cynisme du racisme social, qui justifie que certains aient des revenus/rentes, des propriétés, etc, et les autres, rien, et même en sus, le devoir de se taire ! Le mouvement décolonial conteste cette énième obligation envers les racisé(e)s : les « Indigènes » s’expriment, précisément, clairement. Contrairement à l’interlocuteur qui essentialise les « Occidentaux » quand cela l’arrange, comme lorsqu’il évoque le fait qu’HB vit en Occident et serait une femme comme elle est, parce qu’elle vit en Occident, on assiste à un résumé classique d’un préjugé raciste et de racisme social, selon lequel, dans les pays et les peuples non-occidentaux, les femmes y seraient si peu ou pas libres, qu’aucune femme n’y pourrait penser et parler par elle-même. Ce sont donc des milliers de femmes qui font partie de l’Histoire mondiale des femmes et du féminisme qui se trouvent niées par ce monsieur ! Le même finit par se vautrer dans des « fake » références, citations : un propos attribué à HB, et Frédéric Mattéi s’exprime lui-même pour rappeler qu’il s’agit d’un faux, une référence à des viols à Cologne, et là encore, HB constate qu’il s’agit d’utiliser une référence mensongère (qui vient de l’extrême-droite).

PS : une fois de plus, dès qu’une vidéo avec Houria Bouteldha est diffusée sur Youtube, les vociférateurs de la FacheuseSphère viennent polluer le fil des commentaires par leurs propos fielleux et haineux, lesquels constituent toutefois une confirmation de ce que les Indigènes et d’autres peuvent dire sur la société française. Il y a même des commentaires qui franchissent ligne jaune puis rouge, avec, par exemple, un éloge du viol, et ces commentaires sont laissés tels quels, sans censure (de ce point de vue, YT est pire que Facebook, c’est dire).

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