France et Intellectuels : comme pour le reste, il faut aller au-delà de la représentation officielle volontairement et activement réductrice

Qu’il s’agisse d’intellectuels, de journalistes ou de citoyens, nombre répètent cette antienne, à savoir qu’il n’y aurait plus d’intellectuels en France, étant acquis que celles et ceux à qui la parole est systématiquement donnée depuis des années sont avant tout des comédiens de, des sophistes, et pas des intellectuels. Il y aurait eu Sartre, nous serions condamnés à Onfray, et ce serait la preuve d’un désastre français – il est vrai que passer d’un Sartre à un Onfray est, clairement, tragique. Mais, pour dire que la France serait devenue un pays déserté par les intellectuels, il faut s’en remettre à la dictée des médias de l’Autorité, qui prétendent connaître le Bien et le Beau, dire le Vrai. Or, l’autorité même de ces médias est, socialement, nulle, dès lors que ses principaux responsables l’ont détruite. Il faudrait déjà commencer par ne pas donner dans la séparation déterminante dans le « on dit », entre intellectuels et manuels. Ce n’est pas pour rien que l’intellectuel, « modèle », initiateur de la pensée philosophique, Socrate, était, pour commencer, un « manuel », un tailleur de pierre, et un intellectuel. C’est le travail qui intellectualise et qui ouvre des horizons. C’est l’absence de travail, comme on l’observe radicalement aujourd’hui au sein d’une « élite » rentière et foncièrement oisive, qui, au contraire, ferme les horizons, et la conduit à s’habituer à des idées reçues, des préjugés, aux raccourcis. Et dès lors, les bases d’un libéralisme historique constituent ses références, bien qu’il soit dépassé depuis bien longtemps. Il ne faut donc pas s’étonner d’entendre dans la bouche de dirigeants politiques et économiques, l’énonciation de principes-dogmes datés, on dirait même vermoulus, usés jusqu’à la corde, et dont la fausseté, ou la relativité, a été démontrée depuis longtemps aussi. La « liberté d’expression » est également utilisée par les médias de l’Autorité, pour prétendre que la parole est libre, y compris en leur sein, qu’ils donnent la parole à un large spectre de personnes, y compris des « opposants ». C’est que le système est bien rodé, contrôlé : pour « opposants », ces médias disposent de quelques figures, de comédie, prêtes à simuler une « apparence d’opposition », y compris par l’enfantin « bouh », censé conspuer le pouvoir. Mais ces médias et leurs « intellectuels de service », ou leurs « chiens de garde », s’entendent très bien pour interdire de parole/audition publique, de nombreux intellectuels, réels, des travailleurs, de la pensée, du sens, de la problématisation. Quelqu’un a t-il vu un Frédéric Lordon sur une des chaînes étatiques ou publiques/privées ? Il y est invisible. Idem pour un Muchielli, Badiou, pourtant, très connus, en France et dans le monde, mais systématiquement écartés par les médias de l’Autorité – et du coup, celles et ceux qui sont moins connus le sont tout autant, encore plus, puisque les médias alternatifs, qui font appel à Lordon, Muchielli, Badiou, etc, ne font pas appel à eux, comme s’ils n’existaient pas.

La litanie de cette fin/disparition est impressionnante : vous en trouvez l’expression ici

https://www.lexpress.fr/informations/la-fin-des-intellectuels-francais_640537.html

https://www.letemps.ch/monde/ny-plus-grands-penseurs-france

http://www.journaldumauss.net/?Le-champ-intellectuel-francais

https://journals.openedition.org/questionsdecommunication/8810

Cette unanimité dans le prétendu constat/critique est une illusion – un mensonge ? L’accès à l’Université par des bacheliers a permis à de nombreux étudiants d’aller loin dans un parcours universitaire, jusqu’au Bac+5, voire 6 à 9, avec un doctorat (Thèse). Qu’ils soient devenus ou non, enseignants, enseignantes, ils et elles sont nombreux à avoir constitué ou une expertise sur un thème et un sujet connus dans le champ du savoir, ou à créer des connaissances nouvelles. C’est ce que prouve chaque librairie de France. Il suffit d’entrer et de parcourir les rayons. Et là, des voix, jamais entendues ailleurs, se font clairement entendre. On peut dire, à l’inverse de cette foule qui, nous l’avons vu, se répète sur la disparition des intellectuels en France, qu’ils sont au contraire des milliers, qui, comme les « racisés », sont volontairement rendus invisibles – pour des raisons très objectives. Le système entend être certain de savoir, à l’avance, ce qu’untel ou unetelle va dire; et ce qu’il ou elle va dire sera conforme à ce qu’il faut exprimer, ou se situe dans les limites de ce qu’il est acceptable d’entendre. Il ne faut pas que les idées/savoirs exprimés puissent être trop problématiques, gênants pour le pouvoir. Ou alors, il faut que cela soit « exceptionnel », et que le reste du bruit permanent vienne vite effacer ce qui aura été ainsi dit, exceptionnellement (avec l’avantage de pouvoir être utilisé comme preuve d’une liberté, absolue, d’expression). Si ce contrôle, permanent, total, est efficace, Internet est, depuis quelques années, eu égard à ce contrôle, une catastrophe – et, depuis, en écho à cette première et fondamentale catastrophe, les réseaux sociaux. C’est pourquoi cet espace qui n’est pas absolument maîtrisé par le Cyclope qui entend être tout et tous, l’est autrement, par une surveillance, de plus en plus importante et active. Mais même là, l’audience des « intellectuels » est faible. Ces réseaux sont construits par et pour la quotidienneté, qui a son lot de diversions et de divertissements, et par la superficialité. Ces milliers d’intellectuels français n’y sont pas plus audibles. Ils sont conviés à Youtuber, Instagrammer. Mais peut-on transformer un livre en spectacle – et doit-on le faire ? Qu’ils et elles puissent avoir la parole, comme les citoyens l’exigent avec le mouvement des Gilets Jaunes, c’est un « droit » fondamental. Comme d’autres droits fondamentaux des citoyens, il leur est nié. Dès lors, une telle situation établit clairement que le pays concerné n’est pas un pays de véritable(s) liberté(s), comme les intellectuels en Cour dans les médias de l’Autorité l’assènent, comme s’ils le prouvaient ainsi. Aussi, qui sont ces intellectuels en France ? Des notes ont été consacrées à certains, certaines, d’autres seront publiées ici pour les faire connaître.

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