Faurisson : ce qu’il ne nie pas est, en soi, et suffisamment déterminant, et le chemin vers l’industrialisation génocidaire

Seuls des intellectuels sont capables du pire. C’est la leçon, constante, universelle, fondamentale, des siècles de l’Histoire humaine, jusqu’à nos jours. Les humbles, les prolétaires, les travailleurs, autrement dit, celles et ceux par et pour qui les relations vitales sont au coeur de leur être, les détermine, ne s’engagent jamais vers le pire. Il faut une folie, et les intellectuels, capables de la « solitude négative », celle où, comme des démiurges, ils et elles pensent pouvoir et devoir reconstruire, l’univers, la vie, les cités, sont exposés à ce risque. Il faut écouter Faurisson, par exemple, ici, pour comprendre que nous avons à faire à un tel cas. Une simple psychanalyse de son cas, déjà effectuée par d’autres, établit que le personnage qui était à la recherche d’une reconnaissance inter-humaine, large, réelle, avait échoué à l’obtenir par des publications concernant Rimbaud, Lautréamont. Il s’est donc posé comme victime d’une « cabale », et qui pouvait en être responsable ? Dans la vidéo mentionnée ci-dessus, il affirme que, à la Libération, alors qu’il était un « résistant » (?), il a immédiatement ressenti de l’empathie pour « le vaincu », le « vaincu » écrasé par les « vainqueurs » – comme si ce « vaincu », qui a cherché à être le vainqueur, et quel vainqueur, n’avait pas commis de tels crimes qu’il était possible d’éprouver pour lui de « l’empathie ». Mais là où la situation est vertigineuse, c’est que cette « empathie pour le vaincu » n’est pas un phénomène si rare, si singulier. En effet, comment ne pas entendre cette expression de pitié à propos de ces « pauvres Allemands » de 1945 ? cette expression qui accuse les vainqueurs d’avoir mis en oeuvre une épuration sévère, alors que, dans les faits, c’est tout le contraire qui s’est produit ? ! cette expression de soutien de certains des pays vainqueurs et pour ces Allemands vaincus, et pour ces Nazis, dont ils ont aidé la fuite, la survie, la réinsertion ? ! Enfin, dans cette même vidéo, Faurisson accuse les vainqueurs d’avoir prétendu disposer d’un « droit de juger/condamner », y compris par des clauses particulières du statut du Tribunal de Nuremberg, alors que ces clauses s’expliquent et se justifient. Mais c’est sur son négationnisme/révisionnisme que ses faiblesses argumentatives apparaissent, si évidentes. Quand Faurisson se réfère à la logique, scientifique et juridique, de « la preuve », il fait une fixation sur « les chambres à gaz », sans nier la réalité des crimes des armées nazies partout en Europe, qu’il s’agisse de la « Shoah par balles », la première, la plus constante, la plus effective, que ce soit sur le front de l’est, mais aussi partout en Europe, qu’il s’agisse d’assassinats de « politiques », juifs – et non juifs. Il ne s’aventure pas sur ce terrain, et pour cause. Comment prétendre que des millions d’Européens qui ont survécu à ce cauchemar auraient été victimes d’une hallucination collective ? Qu’ils auraient vu des soldats nazis tuer, et des victimes, mourir, et qu’il s’agirait d’une illusion ? ! La conférence de Wansee n’a pas eu lieu ? Faurisson se place au bout de la chaîne des faits, et, affirmant qu’il n’existe ni preuves ni traces de ces faits/effets, nie le processus. Mais comment comprendre que des causes, avec des « volontaristes » comme les Nazis, soient restés sans effet(s) ?! Faurisson est un extrémiste de droite. Celles et ceux qui l’ont connu jeune ont attesté de ses sympathies, pour le fascisme, le nazisme. En 1945, on peut donc concevoir que, pour ses intérêts, il s’est fait passer, à la fin de la guerre, pour un anti-nazi, un patriote, bien que ses sympathies allaient vers ce camp, uniquement. Et donc, son propos, sur son empathie pour ce vaincu, devient limpide. Son propos est, déjà, là, faussé, puisqu’il fait semblant d’avoir été capable de passer de l’autre côté, par cette grande loi de l’Humanité, l’empathie. Si, pendant presque deux décennies, après la guerre, il a fait « profil bas » (de manière relative), la réhabilitation officielle, étatique, européenne, américaine, des Nazis en tant que combattants contre l’Union Soviétique, l’a dopé, motivé, et il a pu penser que, en se faisant le chantre de la négation de faits/effets, il pourrait contribuer à convaincre qu’il fallait nier les causes, et ce pour réhabiliter radicalement le Nazisme, Hitler, Pétain, etc. En tant qu’intellectuel, Faurisson est une nullité, dans un système qui, il faut le constater, organise assez facilement la promotion de nullités (Zemmour, Onfray, etc).

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