Nouvelle Calédonie : pour satisfaire son racisme social contre « les classes dangereuses », Napoléon III imita ses chers amis Anglais…

« Après cent vingt-trois jours de traversée, L’Iphigénie accoste au port de Nouméa le 9 mai 1864. À son bord, deux cent cinquante condamnés aux travaux forcés, transportés dans des cages. Ils portent sur leurs épaules le poids d’un improbable projet : participer à fonder une nouvelle colonie, à 18 000 kilomètres de la métropole. Entre 1864 et 1897, 22 000 bagnards vont être envoyés à « La Nouvelle ». Pendant trente ans, la France va espérer transformer ces rebuts en valeureux colons, paisibles cultivateurs capables de valoriser une terre que les « peuplades primitives » sur place n’ont pas su mettre à profit. Pour ces condamnés de droit commun – l’essentiel l’a été pour des faits de vols –, c’est un exil à vie qui s’annonce. La France, qui a annexé la Nouvelle-Calédonie en 1853, n’a pas immédiatement su quoi faire de ce chapelet d’îles au milieu du Pacifique que les Anglais, après la découverte du lieu par James Cook, avaient finalement délaissé. Dans la course avec sa rivale britannique pour se constituer un empire, la France théorise d’abord l’importance de ce que pourraient représenter à l’avenir ces « points d’appui » dans le Pacifique : « Posséder sur les points du globe qui sont destinés à devenir de grands centres de commerce et de navigation, des stations maritimes sûres et fortes qui servent de points d’appui à notre commerce et où ils puissent se ravitailler et chercher refuge », affirme Guizot, le premier ministre de Louis-Philippe (au pouvoir de 1830 à 1848). L’archipel calédonien pouvait-il offrir plus ? Était-il concevable d’en faire à terme une colonie à part entière ? Le potentiel des ressources naturelles à exploiter sur place fait débat. Certains n’y voient qu’un amas de cailloux dont, mis à part quelques ressources prisées localement comme la bêche-de-mer ou les écailles de tortues, il n’y a pas grand-chose à tirer. D’autres soulignent que, si les Kanak n’ont pas su exploiter leur terre jusque-là, avec l’aide des sciences européennes, ces terres verdoyantes pourraient bientôt nourrir aisément une nouvelle population de colons. Les sous-sols s’annoncent prometteurs. Mais c’est peu dire qu’en ce début de seconde moitié du XIXe siècle, les colons n’affluent pas. Les Français sont globalement peu attirés par ces grands départs et la Nouvelle-Calédonie, parmi les nouveaux territoires de l’empire, est sans doute celui qui séduit le moins. Les Kanak, dont les premiers explorateurs ont rapporté des images terrifiantes de primitifs cannibales, font peur. La situation sur place, même après la prise de possession officielle du territoire par la France, reste explosive. Les Kanak répondent aux opérations militaires sur leur territoire par de violentes attaques suivies par de nouvelles vagues de répression. La marine, qui administre la colonie, n’est représentée sur place que par une poignée d’individus retranchés dans le port de Nouméa. En 1858, un militaire fait un rapport alarmiste de la situation : « Il ne s’est pas encore présenté un seul colon sérieux en Calédonie : il n’y existe que des boutiquiers et des cabaretiers. Pas un seul ne cultive. »L’officier de marine Charles Guillain, fervent saint-simonien, présente son projet pour sauver la récente acquisition française. Dans un mémoire envoyé à sa tutelle en 1861 et intitulé Essai sur la colonisation pénale à la Nouvelle-Calédonie, celui qui deviendra le premier gouverneur de la Nouvelle-Calédonie explique qu’à défaut de recourir à la « transportation » de forçats, « notre possession océanienne serait sans utilité sérieuse ». Il sait qu’il répond ainsi à une inquiétude de plus en plus vive des autorités françaises sur la situation des bagnes. Situés en zone portuaire à Brest, Toulon ou Rochefort et administrés par la Marine, ils sont de moins en moins bien supportés. Le gouvernement y voit une charge insupportable pour le pays et un risque sécuritaire permanent. Les classes dangereuses, après la révolution de 1848, sont vues comme une menace croissante pour la nation. On ne sait que faire de ces éléments les plus dépravés. « … » »

Un article de Médiapart à lire complètement ici : https://www.mediapart.fr/journal/france/150818/quand-la-france-choisit-de-vomir-ses-criminels-en-nouvelle-caledonie

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