D’Ali Ziri à Adama Traoré, le racisme social qui frappe et tue

Vous trouvez ici des extraits de l’article de Médiapart : « Une fois de plus, la France est condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour une affaire grave de violences policières. Ce 21 juin, la juridiction européenne a condamné la France à verser 30 000 € pour dommage moral et 7 500 € pour frais de justice à la fille d’Ali Ziri, mort après son arrestation par la police à Argenteuil (Val-d’Oise), en 2009. La Cour a retenu une violation de l’article 2 (droit à la vie) de la Convention européenne des droits de l’homme dans son volet matériel (on peut lire la décision sous l’onglet Prolonger). La justice française, pour sa part, avait définitivement refermé le dossier par un non-lieu en 2016. (…) la Cour estime que « les policiers ne pouvaient ignorer l’état dans lequel se trouvait M. Ziri lors de son arrivée au commissariat. Il s’agissait d’un homme de 69 ans, en état d’ébriété, qui avait vomi à son arrivée au commissariat, qui tenait difficilement debout, qui avait été rudoyé lors de son arrestation, de son transport et de son extraction du véhicule, et qui venait de subir pendant plusieurs minutes une technique d’immobilisation dont les policiers connaissaient nécessairement la dangerosité ». La CEDH poursuit : « L’obligation de vigilance que les autorités doivent respecter à l’égard des personnes privées de liberté était renforcée en l’espèce du fait de l’âge et de l’état de faiblesse de M. Ziri au moment de son arrivée au commissariat. Or M. Ziri a été laissé allongé sur le sol, dans son vomi, les mains menottées, sans soin ni surveillance médicale immédiate. Il n’est pas établi qu’il aurait été placé en position latérale de sécurité. M. Ziri est resté au commissariat sans prise en charge médicale durant environ une heure et quinze minutes. » (…) Mais deux expertises ont ensuite mis en cause la technique dite du « pliage », malheureusement utilisée par les policiers jusqu’à une date récente. Cette technique est formellement interdite depuis la mort en janvier 2003 d’un Éthiopien expulsé par la police aux frontières (PAF). Ce jeune homme de 23 ans était décédé d’avoir passé vingt minutes maintenu de force le torse plié, la tête touchant les cuisses, et menotté dans un siège d’avion à la ceinture serrée. Les policiers d’Argenteuil, trois jeunes gardiens de la paix, ont reconnu l’avoir utilisée pour maintenir Ali Ziri durant le trajet vers le commissariat. Ils n’ont pourtant jamais été inquiétés sur ce point. (…) L’ex-Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) est la seule à avoir visionné les bandes de vidéosurveillance du commissariat. Elle décrivait la scène : « Ali Ziri est littéralement expulsé du véhicule (…), il est dans un premier temps jeté au sol puis saisi par les quatre membres, la tête pendante, sans réaction apparente, et emmené dans cette position jusqu’à l’intérieur du commissariat» À l’intérieur du commissariat, les deux hommes, toujours menottés et qui commencent à vomir par saccades, sont placés en position couchée (sur le ventre, sur le dos ou en position latérale de sécurité, selon des témoignages policiers divergents). Entretemps, les policiers interpellateurs rédigent deux plaintes contre Arezki Kerfali et Ali Ziri (toujours à même le sol), respectivement pour outrage, et pour outrage et rébellion. Dans son avis de mai 2010, feu la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) avait dénoncé comme « inhumain et dégradant » le fait de les avoir laissés, lui et son ami interpellé en même temps, « allongés sur le sol du commissariat, mains menottées dans le dos, dans leur vomi, à la vue de tous les fonctionnaires de police présents qui ont constaté leur situation de détresse, pendant environ une heure ».

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