« Le collectif «Faidherbe doit tomber» veut déboulonner un symbole du colonialisme » – un article de Médiapart

« Peu à peu, les crimes de la colonisation européenne en Afrique semblent remonter, les uns après les autres, à la surface. Comme si une loi naturelle avait décidé que l’odieux, lorsqu’il est resté impuni, ne peut demeurer éternellement camouflé. Des faits datant d’il y a deux siècles sont ainsi en train de resurgir, grâce à un groupe d’associations sénégalaises et françaises, initiateur d’une campagne baptisée « Faidherbe doit tomber ».  En France, tout le monde ou presque a déjà vu ou entendu le nom de Faidherbe : la plupart des villes ont un boulevard, une rue ou une place portant ce patronyme. L’histoire de Louis Faidherbe, né il y a exactement deux siècles, le 3 juin 1818, et mort en 1889, est cependant mal connue aujourd’hui, même s’il a été, dit-on, l’un des hommes les plus célébrés de la IIIe République. À Lille, dont il était originaire, une imposante statue équestre le représente en uniforme militaire. Selon la municipalité, ce monument « est une allégorie représentant la ville de Lille dictant à l’Histoire » ses « hauts faits ». Car Faidherbe a été le seul général qui, avec l’armée du Nord, a remporté quelques batailles face à la Prusse pendant la guerre de 1870. Selon ses biographes, il a empêché les Prussiens de s’emparer du nord de la France. Cet épisode a toutefois été bref dans la vie de Faidherbe, puisqu’il n’a duré que trois mois. Avant cela, l’officier lillois a passé 26 ans en Algérie et au Sénégal, dont il a été le gouverneur colonial pendant neuf ans. D’après l’Encyclopédie Universalis, il a transformé le Sénégal « en une vaste colonie en plein essor », grâce à « une politique coloniale cohérente et énergique ». Un panneau installé dans le réfectoire du lycée de Lille portant également son nom précise qu’il a conquis « un territoire presque aussi vaste que la France », en dirigeant des « expéditions heureuses ».

Des « expéditions heureuses » ? Ce n’est pas exactement ce qu’ont vécu les Sénégalais. Faidherbe a plutôt mené « des expéditions militaires sanglantes. Il est l’auteur de nombreux crimes. Son bilan est lourd : des centaines de personnes tuées et des dizaines de villages incendiés. Faidherbe n’a pas seulement envoyé des soldats pour massacrer des populations, il a lui-même participé aux massacres. Sa méthode punitive se déclinait ainsi : un seul résiste, tous payent. Rien ne devait empêcher la machine coloniale d’étaler ses affreux tentacules », explique l’historien sénégalais Khadim Ndiaye, membre du collectif Faidherbe doit tomber. Dans au moins une lettre, le gouverneur s’est lui-même vanté d’inspirer une « salutaire terreur » aux populations sénégalaises, une méthode déjà éprouvée en Algérie. Faidherbe a aussi été celui qui a « mis en place les bases idéologiques de l’occupation française du Sénégal et de l’Afrique occidentale. Il a été l’initiateur du principe de l’assimilation culturelle ». « C’est lui qui créa la fameuse école des otages à Saint-Louis du Sénégal, en y faisant inscrire les fils de chefs de villages et de notables pris de force lors de campagnes militaires », souligne Khadim Ndiaye. Le gouverneur a par ailleurs instrumentalisé les identités religieuses et ethniques pour asseoir le pouvoir colonial. Grand défenseur des intérêts commerciaux français, il a ouvert « une ère d’oppression et d’assujettissement », dont les séquelles « sont perceptibles aujourd’hui dans le mode de gestion des États africains, dans la relation de dépendance dans laquelle ils sont maintenus, dans l’acculturation d’une certaine élite, dans les perturbations au niveau éducatif, etc. », ajoute l’historien. « Celui que nos villes honorent est un criminel de haut rang » et la statue de Faidherbe à Lille est « une insulte permanente à la mémoire des peuples colonisés », résume le collectif Faidherbe doit tomber, animé par l’association Survie Nord, le Collectif Afrique, l’Atelier d’histoire critique, le Front uni des immigrations et des quartiers populaires (FUIQP), le Collectif sénégalais contre la célébration de Faidherbe. « En nous penchant sur le cas de Louis Faidherbe, né dans notre ville il y a tout juste deux siècles, nous souhaitons participer au débat sur les traces du passé colonial, dans nos paysages urbains et dans nos imaginaires collectifs. Nous entendons aussi nous solidariser avec les descendants de colonisés qui, en Afrique ou ailleurs, s’élèvent contre la glorification perpétuelle et quotidienne des prétendus “héros” colonialistes, explique l’association Survie Nord. Si l’on veut éviter que les idéaux périmés, souvent inégalitaires et racistes, continuent de nous hanter, il faut prendre de la distance avec les symboles qui les portent jusqu’aux coins de nos rues et les insinuent dans les recoins de nos consciences. »

L’article complet est à lire ici : https://www.mediapart.fr/journal/international/120618/le-collectif-faidherbe-doit-tomber-veut-deboulonner-un-symbole-du-colonialisme

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